La Haute école spécialisée du Nord-Ouest de la Suisse (FHNW) a développé pour 2026 un nouveau CAS sur le thème de la « protection de l’enfant en cas de violence domestique et sexualisée ». Parallèlement, des modules de formation continue correspondants ont été lancés. Aline Schoch, lic. phil. et Dr. Brigitte Müller, responsables du programme CAS et collaboratrices scientifiques à l’Institut Kinder- und Jugendhilfe de la Haute école de travail social FHNW, expliquent dans une interview pourquoi cette nouvelle offre de formation continue est nécessaire.
Quelles ont été les motivations pour réaliser le nouveau CAS ?
Nous avons constaté dans des projets avec la pratique que l’hypothèse qu’un enfant a (co)subi des violences sexuelles ou domestiques déclenche souvent de grandes incertitudes chez les professionnels. De plus, l’évaluation du risque ainsi que le choix d’une aide ou d’une intervention appropriée posent des exigences techniques élevées aux professionnels. Nous souhaitons donner aux professionnels confrontés à ces défis davantage d’orientation, de sécurité d’action et de connaissances. Ils pourront ainsi organiser ces processus d’évaluation et d’aide exigeants de manière à ce que les enfants et les jeunes concernés bénéficient du meilleur soutien possible.
A quoi avez-vous accordé une attention particulière lors de la conception des modules ?
Il était important pour nous de transmettre aux participants des connaissances et des compétences méthodologiques actuelles, basées sur la recherche et la pratique, qu’ils puissent utiliser et mettre en œuvre dans leur travail quotidien. C’est pourquoi nous avons veillé, lors de la conception des modules et du choix des enseignants, à faire appel à des spécialistes disposant d’une expérience pratique avérée sur le terrain et de compétences pertinentes pour l’action.
À qui s’adresse l’offre ?
Le CAS et les modules de formation continue (séminaires spécialisés) s’adressent aux professionnels de la protection de l’enfance qui souhaitent acquérir des connaissances et des compétences approfondies dans le domaine de la violence domestique et sexuelle. Il peut s’agir de professionnels des services sociaux qui sont responsables des enquêtes et des mandats ordonnés par l’autorité de protection de l’enfant et de l’adulte. Il peut également s’agir de professionnels travaillant au sein des autorités de protection de l’enfant et de l’adulte, mais aussi de travailleurs sociaux en milieu scolaire ou de spécialistes de l’aide éducative ambulatoire et stationnaire.
Où voyez-vous le plus grand besoin d’action dans la protection de l’enfant en cas de violence domestique et sexuelle ?
D’une part, les professionnels et les organisations acquièrent une plus grande sécurité d’action dans la gestion de ces formes de danger complexes et difficiles à appréhender. D’autre part, nous devons être en mesure de suivre les évolutions actuelles et de mieux protéger et soutenir les enfants et les jeunes. Cela implique de renforcer les développements organisationnels tels que les concepts de protection ou les activités de surveillance, mais aussi de rendre l’aide et le soutien aux personnes concernées plus accessibles et plus efficaces.
En 2025, plusieurs institutions ont signalé beaucoup plus de cas. En d’autres termes, le nombre d’enfants concernés était nettement plus élevé. Comment expliquez-vous cette évolution ?
C’est une question importante, mais à laquelle il n’est pas facile de répondre. D’une part, les données statistiques à ce sujet sont très variables. En d’autres termes, on ne mesure pas les mêmes choses ou les données manquent totalement, par exemple en ce qui concerne le nombre d’enfants placés en dehors de la famille. D’autre part, les données disponibles ne permettent pas ou peu de tirer des conclusions sur le contexte. Il est important de mentionner que les chiffres ne reflètent que le champ clair, c’est-à-dire les cas découverts à l’hôpital pour enfants, enregistrés dans les statistiques criminelles de la police ou signalés à l’aide aux victimes. Nous en savons moins sur le champ noir.
Néanmoins, qu’est-ce qui peut se cacher derrière cette augmentation ?
Nous pourrions imaginer qu’une plus grande sensibilisation a eu lieu ces dernières années, tant au sein de la population que chez les professionnels. En outre, il est possible que la conscience de la nocivité de formes de violence moins visibles, telles que la violence psychologique ou sexuelle, ait augmenté. La modification du Code civil qui entrera en vigueur en juillet et qui oblige les parents à éduquer leurs enfants sans recourir à la violence, ainsi que plusieurs interventions sur la violence domestique discutées lors de la session parlementaire actuelle, montrent également que le sujet est davantage discuté dans l’ensemble de la société. Parallèlement, des phénomènes tels que le cybergrooming ou la charge mentale élevée et persistante des parents après la pandémie, ainsi que l’augmentation de la pauvreté des familles et des enfants, pourraient également entraîner une augmentation réelle du nombre de cas.
Sur quels thèmes de la protection de l’enfance l’Institut pour l’aide à l’enfance et à la jeunesse mène-t-il actuellement des recherches ?
Par le passé, nous nous sommes beaucoup intéressés aux évaluations du bien-être des enfants et à la participation des enfants et des parents dans les procédures de protection de l’enfance. Nous venons de lancer un projet de recherche qui examine comment les enfants et les jeunes vivent le soutien reçu en cas de violence sexuelle en ligne(plus d’informations dans cette interview). Cette année, nous étudions pour la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse la manière dont les offres de soutien à l' »éducation sans violence » doivent être conçues pour que les familles y aient recours. Nous soutenons également régulièrement les cantons et les services cantonaux, par exemple dans le développement ou l’analyse de leurs offres en matière de protection de l’enfance. Nous essayons d’améliorer encore la qualité de la protection de l’enfance en proposant des formations continues axées sur la pratique, telles que des conférences, des programmes CAS et des séminaires spécialisés.
Certains modules du « CAS Protection de l’enfant contre la violence domestique et sexualisée » sont accessibles en tant que séminaires spécialisés. Ils peuvent être suivis individuellement en tant que formation continue d’un ou deux jours. Vous en trouverez un aperçu sur la page d’accueil du CAS de la FHNW, dans la section « Structure » : https://www.fhnw.ch/de/weiterbildung/soziale-arbeit/9775052